Mémoire 
Le Patriote Résistant est la publication mensuelle de la F.N.D.I.R.P. Il a été créé en 1946.  

 
Lu dans la livraison du mois de septembre 1998 :   

48 000 personnes sont décédées dans les hôpitaux psychiatriques français pendant la dernière guerre mondiale,  
dont 2 000 à Lyon. Y-a-t-il eu dans notre pays une volonté délibérée d'éliminer les malades mentaux ?  
Enquête d'Irène Michine. 


L'extermination douce en France 

C'est un immense territoire clos. Entre les hauts murs s'agencent des allées bien tracées, des pelouses soigneusement entretenues, des arbres magnifiques, une multitude de bâtiments, de cours, de pavillons et une chapelle de taille imposante, coiffée d'une lourde coupole. Plus loin s'étendent des prés où se détachent les silhouettes graciles de quelques biches... 
Nous sommes dans l'enceinte de l'hôpital psychiatrique du Vinatier à Bron, qui jouxte Lyon. «En pleine ville, cet immense parc...» admire le docteur Patrick Lemoine, en arrêtant sa voiture près d'un pavillon. A l'évidence, il aime cet endroit. Psychiatre, spécialisé dans les troubles du sommeil, il est chef de service au Vinatier. J'avais pris rendez-vous avec lui pour parler de son roman Droit d'asiles (1) où il met en scène, sur la base de documents d'archives et de témoignages, le drame qui s'est déroulé ici pendant les années de guerre : la mort de deux mille malades. Deux mille parmi les quelque  48 000 personnes, selon les dernières études, qu'on laissa mourir de faim dans les établissements psychiatriques français entre 1940 et 1945... Un chiffre effarant, peu connu et incompréhensible, qui pousse à s'interroger  : y-a-t-il eu en France une volonté délibérée d'éliminer les malades mentaux, comme le fit l'Allemagne nazie qui les extermina systématiquement ? 
Une gigantesque ferme modèle 

«Je n'ai pas de certitude, reconnaît Patrick Lemoine. Je crois qu'un ensemble de facteurs se sont conjugués pour arriver à ce drame humain : le manque d'alimentation, le froid, la désorganisation due à la guerre et à l'occupation sûrement, mais aussi le désintérêt voire la bêtise ou la méchanceté des équipes soignantes, l'indifférence des pouvoirs publics. L'idéologie nazie ambiante certainement. Ce qui est sûr, c'est que malgré les demandes réitérées de nombreux médecins, les hôpitaux psychiatriques n'ont pas reçu les rations supplémentaires allouées aux autres établissements hospitaliers par les préfectures pour nourrir leurs malades.» 
Dans les hôpitaux généralistes, il n'y a pas eu de surmortalité flagrante pendant les années de guerre. En psychiatrie, oui. Les rations ont été inférieures à ce qui est nécessaire au maintien de la vie. L'aliéné n'est pas à cette époque un malade comme un autre. Qu'importe donc s'il survit ou non ? 

Ce qui est encore plus troublant, en ce qui concerne le Vinatier, c'est que cet établissement possédait une ferme de 80 hectares, l'une des plus riches et des mieux gérées de la région avant guerre, une véritable ferme pilote où, avec l'aide d'ailleurs quasi gratuite de «malades travailleurs», on cultivait le blé, l'avoine et un peu de vigne, la betterave et toutes sortes de légumes et d'arbres fruitiers ; on y élevait bovins et porcins, volailles et lapins, qui atterrissaient dans la boucherie ultramoderne. «Une ferme est une entreprise dont le budget doit être parfaitement équilibré», fait dire Patrick Lemoine à l'un des personnages de son roman, un ingénieur agronome, patron de la ferme, qui a d'ailleurs existé. «Celle du Vinatier est la plus grande du Rhône et, à ce titre, elle doit rester un modèle du genre car nous devons des comptes précis au conseil général et au préfet.» Les comptes étaient effectivement équilibrés au Vinatier dans la réalité, puisque presque tous les ans, des excédents étaient vendus au marché ou aux hospices civils de Lyon. La ferme a continué à fonctionner pendant la guerre, à un rythme ralenti certes, en partie par manque de personnel qualifié. Mais elle a aussi continué à vendre des surplus ! Ce qui est stupéfiant quand on sait que des malades pour survivre mangeaient du trèfle, que des centaines d'entre eux sont morts de faim chaque année : 20,57 % des malades en 1940, 32,28 % en 1941, 41,98 % en 1942, 20,60 % en 1943, 21,44 % en 1944, selon les pourcentages établis par Patrick Lemoine à partir des comptes rendus des conseils de surveillance du Vinatier et présentés en annexe de son livre. En 1938, pour comparaison, le ratio était de  7,94 %. 


Des bouches inutiles 

«Les malades employées aux épluchures dévorent les légumes crus... Celles qui jouissent de quelque liberté récoltent, surtout en 1942, les champignons par kilos dans les pelouses de l'asile et les consomment crus sur place. Beaucoup ont mangé dans les cours, choisissant parfois le pissenlit, le trèfle ou le plantain. Une débile épileptique mange les coquilles d'oeufs, une autre les coquilles de noix. On parle d'une femme qui mange du tissu : "tout se mange", opine une autre malade.» Ce constat laconique est établi dans une étude réalisée par deux médecins en 1943 et sobrement intitulée : «La résurgence des instincts alimentaires à la faveur de la disette». Elle est citée par le docteur Max Lafont, qui consacra sa thèse de médecine présentée à l'Université de Lyon en 1981 à «la surmortalité liée aux privations dans les hôpitaux psychiatriques français pendant la seconde guerre mondiale»qu'il fit éditer quelques années plus tard sous le titre L'extermination douce  (2). Le Vinatier occupe évidemment une place importante dans ses recherches. 
Max Lafont cite aussi les propos du docteur Requet, médecin-chef de l'hôpital de 1934 à 1969 : «Les internés vivaient comme des bêtes, avaient plus souvent de la paille que de la literie, l'aération et le chauffage étaient rudimentaires. En temps d'occupation plus précisément, cet univers concentrationnaire est devenu un véritable camp de la mort. Ce que nous recevions était absolument insuffisant pour nourrir quelque 3 000 malades, même avec les compléments de la ferme. Je peux témoigner de scènes affreuses : des malades se mangeaient les doigts, mangeaient tout ce qui passait à leur portée, les écorces des arbres par exemple. C'était courant d'apprendre que des internés mangeaient leurs matières fécales ou buvaient leur urine. Ils rêvaient tous exclusivement de rêves alimentaires. Un malade qui avait reçu un colis s'est jeté dessus et il est mort d'une rupture gastrique.» Témoignage terrible qui rappelle ceux des déportés dans les camps de concentration. 
Les protestations et les prises de position courageuses du docteur Requet comme d'autres médecins du Vinatier, tel le docteur Balvet,  et d'autres asiles restent vaines. A une époque où les restrictions touchent tout le monde et que tout le monde souffre de la faim, personne ou presque ne se soucie des fous, de ces bouches inutiles. Les familles se taisent, acceptent ce qu'elles considèrent comme une fatalité. 
Patrick Lemoine me désigne au détour d'une allée un petit bâtiment d'un étage. «C'était le quartier des agités, c'est là que vivait Sylvain Fusco, qu'il peignait...», me dit-il. Sylvain Fusco est l'un des premiers morts de la faim des hôpitaux pyschiatriques français, selon le docteur Requet qui a découvert et encouragé le don de peintre de son patient. Une tentative rare à l'époque où peu était tenté pour stimuler les malades, pour les faire sortir de leur isolement intérieur. «Au cours de mes études, reprend Patrick Lemoine, j'ai entendu parler de ce psychiatre à la retraite, André Requet, qui conservait une oeuvre picturale étonnante. Moi qui suis passionné de peinture, j'ai couru le voir. J'ai été sidéré par les travaux hallucinants, magnifiques de ce Fusco - qui est d'ailleurs l'un des personnages de mon roman. Et j'ai été fasciné par ce médecin visionnaire, flamboyant, pétri de romantisme, ayant des théories complètement inhabituelles pour son temps et même pour aujourd'hui. C'était l'homme de l'avenir, du XXIe siècle ! Il disait que Sylvain Fusco avait été le seul lien qui l'avait rattaché au Vinatier. Lorsqu'il était arrivé en 1934, il était en charge de 800 malades. C'était un asile effroyable, même en temps de paix. Les malades ne mouraient pas de faim, mais l'hygiène et la façon dont on traitait les gens était vraiment très dure. Sans Fusco et son oeuvre, il ne serait jamais resté dans cet endroit. » 
Sylvain Fusco peint les murs de sa cellule, puis celui de la grande cour de l'établissement, des graffiti qui sont devenus de véritables fresques. Puis il accepte le matériel de dessin que lui propose son médecin, des feuilles, des crayons, des fusains. Et il peint à toute allure, avec frénésie, de grosses femmes aux seins ronds, des animaux fantastiques, des têtes d'oiseaux...  Quand il s'arrête enfin, c'est pour essayer de détruire ce qu'il vient de créer. Requet réussit à sauver une partie de l'oeuvre. 
« En 1979, j'ai organisé une exposition des oeuvres de Fusco à la bibliothèque municipale de la Part-Dieu à Lyon, qui a eu beaucoup de succès», ajoute Patrick   Lemoine. Et qui a suscité quelques polémiques. Le drame de «l'extermination douce» des malades mentaux à Lyon comme ailleurs a été complètement occulté depuis la Libération. Il n'est pas facile de lever un coin du voile dans le milieu médical. Mais l'exposition et les réactions ont aussi amené Max Lafont à se lancer dans l'enquête qui a abouti à sa thèse de médecine en 1981 - qui n'a pas été toujours bien accueillie non plus. «Mais beaucoup m'ont soutenu, écrit-il. Nous partageons le même point de vue qui, loin d'avilir nos "pères" et nos "pairs", loin de discréditer notre profession médicale, souligne la nécessité d'examiner comment fonctionne en nous la tendance à l'oubli et les mécanismes qui sous-tendent la logique de l'exclusion. Ceux-là ont compris que je n'ai pas cherché à éclabousser l'honneur de l'établissement du Vinatier où je venais de passer mes années d'internat. On sait qu'il ne fut malheureusement pas une exception dans le drame. Tous les H.P. ont été frappés.» 


A Clermont 5 000 malades 

Tous les hôpitaux psychiatriques ont été touchés, mais tous n'ont pas connu la même hécatombe. Max Lafont lui-même constate que les établissements ruraux ou semi-ruraux surent mieux réagir que les citadins, que les initiatives personnelles de directeurs ou de gestionnaires permirent d'éviter la famine. Ainsi à  l'hôpital de Sainte-Marie du Puy, où la soeur-économe prévoyante acheta avant le début des hostilités un bateau entier de riz. A Saint-Alban en Lozère, le vin des rations est échangé contre des pommes de terre avec les paysans des environs. Grâce à ses médecins-chefs successifs, le docteur Balvet jusqu'en 1943 (nommé ensuite au Vinatier où il fut un résistant actif ), puis le docteur Bonnafé jusqu'en 1946, militant communiste  qui s'engagea aussi dans la Résistance, l'asile de Saint-Alban fut organisé pour faire face à la situation critique. «Encore mieux, précise Max Lafont, l'H.P. développe une activité qui en fait un pôle social pour la région, un centre de culture. » On y discute aussi de méthodes psychiatriques révolutionnaires, et on y cache des blessés et des personnes recherchées. L'asile en effet semble un lieu idéal pour dissimuler tous les traqués. 

En revanche, dans les hôpitaux où les problèmes de ravitaillement et le manque de moyens thérapeutiques n'ont pu être surmontés, où l'on a cédé à un sentiment de fatalité, d'indifférence, où l'on a baissé les bras devant l'incurie de l'administration, les conséquences sont dramatiques. 
A Fleury-les-Aubrais (Loiret), un rapport fait état d'une augmentation foudroyante de la mortalité : de 209 % en 1940, de 305 % en 1942, par rapport au relevé moyen de 1932 à 1939. L'une des causes officielles est la tuberculose, qui s'empare facilement des ravages sur des organismes affaiblis. A Ainay-le-Château (Allier) en 1941, une épidémie de béri-béri tue 40 malades en six mois. Max Lafont constate en général un «gradient d'aggravation d'Ouest en Est» de la France, une situation catastrophique dans le Sud du pays. Il note que les grands établissements ont été plus affectés que les autres : « Le triste record est tenu par Clermont d'Oise, qui est un hôpital énorme, encore plus grand que le Vinatier.» Clermont accueillait 5 000 malades environ en 39-40, «la plus grande concentration de France et même d'Europe», précise Pierre Durand, journaliste et écrivain, actuellement président de l'Association internationale Buchenwald-Dora et Kommandos. Dans Le train des fous  (3), il raconte comment l'hôpital de Clermont fut replié par chemin de fer dans les Pyrénées-Atlantiques, mais aussi le dévouement de soignants et de médecins et la Résistance menée par certains, les fusillés et les déportés qu'ils comptèrent parmi eux. Et bien sûr il évoque les conditions horribles de vie et de mort à l'asile. Dans un entretien publié par le Patriote Résistant en 1988 à ce sujet (4), il fait un rapprochement entre l'asile et le camp de concentration : «Les malades dans les hôpitaux psychiatriques avaient effectivement une vie assez proche de la nôtre, avec une terrible famine qui a tué à peu près la moitié des effectifs, avec un système disciplinaire extrêmement strict, un encadrement souvent peu compétent mais qui n'était pas éduqué pour se conduire en brute. (...) Mais les conditions de vie ont conduit à des situations que les déportés ont pu constater : l'abandon par certains de toute dignité, y compris avec la bataille physique entre malades pour s'arracher un morceau de pain, pour avoir une cuillerée de soupe supplémentaire. (...) Il y a des statistiques terribles, celles des morts, comme celles de la production, car les malades devaient travailler.» Pour lui, il n'y a pas de doute : « En France, on a agi de manière différente (qu'en Allemagne nazie) : on a laissé mourir les fous. C'est un génocide, le mot n'est pas exagéré. » 
Dans l'Allemagne hitlérienne, des centaines de milliers de malades mentaux, de vieillards, d'handicapés ont été systématiquement exterminés, au nom de la pureté de la race. « N'oublions pas qu'Hitler a rodé les chambres à gaz sur eux, jusqu'en 1941, s'exclame Patrick Lemoine. Deux cent à deux cent cinquante mille malades mentaux ont été massacrés jusqu'à ce que la population réagisse. Même l'évêque de Munster a fulminé en chaire. Officiellement, l'extermination a cessé mais en réalité elle s'est poursuivie plus discrètement : les malades mentaux ont été stérilisés dans certains cas, des milliers de personnes ont été éliminées par des moyens dits naturels, par la faim. » 
L'idéologie et les pratiques nazies ont-elles pu influencer les autorités françaises jusqu'à « organiser » sous une forme ou une autre l'élimination des malades mentaux ? 
Patrick Lemoine : « Je sais qu'un historien, Samuel Odier,  a publié récemment un mémoire sur la condition des malades mentaux dans l'Isère pendant la guerre. Il a retrouvé un document dans les archives départementales qui émanait de la préfecture de l'Isère et était adressé au directeur de l'asile Saint-Robert. On pouvait y lire en substance : «Dites à vos médecins de sélectionner les patients récupérables - c'est-à- dire ceux qui pourront retravailler assez rapidement - des patients irrécupérables, et ne nourrissez correctement que les premiers.» A ma connaissance, c'est l'un des premiers textes issus de l'administration préfectorale qu'on ait retrouvé, recommandant aux médecins une sélection eugénique des malades mentaux." 

L'eugénisme, ou comment maintenir la qualité de l'espèce humaine par la sélection des « meilleurs », des plus forts et l'élimination des autres. Une tentation vieille comme le monde... et qui avait ses protagonistes avant-guerre. Le Prix Nobel 1912 Alexis Carrel par exemple, chirurgien et physiologiste originaire de la région lyonnaise. Il était particulièrement connu pour  son livre L'homme, cet inconnu, dans lequel il prône des thèmes tels que la pureté de la race, le culte du sacrifice et de la maternité, l'établissement d'une aristocratie biologique héréditaire, et réfléchit à des méthodes d'élimination, par le gaz entre autres. Alexis Carrel, révèle Pierre Durand (3) fut nommé « régent » d'une « Fondation française pour l'étude des problèmes humains », créée par une loi du 17 novembre 1941 portant notamment la signature du maréchal Pétain. L'objet de cet organisme était d'oeuvrer à l'amélioration de la qualité de la race française. Quelques années plus tôt, en 1938, le professeur Rochaix, professeur de médecine à la faculté de Lyon et chef de service au Vinatier, et, qui plus est, conseiller technique sanitaire régional, rédigeait un rapport tout aussi terrifiant« à la demande des autorités », dont Patrick Lemoine reproduit l'introduction en annexe de son livre. Rochaix y écrivait notamment : 
«... La durée de la vie humaine s'allonge considérablement. Mais tous ces progrès, toutes ces améliorations de l'état sanitaire, ont une contre-partie. Autrefois, devant l'affluence de toutes les causes de la mort, seuls les plus résistants subsistaient, les tarés, les chétifs disparaissaient et, souvent, avant d'avoir atteint l'âge de la reproduction. Actuellement, non seulement ces sujets survivent, mais ils se reproduisent. Il en résulte une augmentation du nombre des tarés, des dégénérés, en un mot des déchets sociaux, qui, par suite de la suppression artificielle de la sélection naturelle, conribuent à la dégénérescence de la race et deviennent une lourde charge pour la collectivité...» Et il pose cette question lourde de sens : « Comment lutter contre ces tares, ces dégénérescences, qui reconnaissent la plupart du temps, une étiologie héréditaire, pour en diminuer le nombre sinon les faire disparaître ? » 
Cette question trouva-t-elle un écho auprès des autorités ? Quelle fut plus tard la position du préfet du Rhône, Angeli, suppôt de Laval ? Des ordres furent-ils donnés, des suggestions faites, comme en Isère ? « J'aimerais, dit Patrick Lemoine qu'un historien effectue des travaux de recherche approfondis dans toutes les préfectures pour voir s'il existe des indices sur ce qui reste quand même une énigme, un mystère. » 


Le rapport enterré 

En 1946, le ministère de la Santé publique avait pourtant demandé à tous les hôpitaux psychiatriques de France d'établir un rapport sur les années de guerre. Le Vinatier s'exécuta et fit parvenir à la Préfecture un document précis et complet, où tout figurait, y compris les statistiques et les circonstances des décès. Aucune suite politique ou judiciaire n'y fut donnée. Patrick Lemoine a récemment rencontré le docteur Dugoujon, qui accusa réception du rapport au titre de rapporteur du Conseil général du Rhône. 
«Le docteur Dugoujon m'a dit : " Je n'ai pas lu le rapport. Nous avions d'autres chats à fouetter. Nous étions complètement débordés à la Libération, il y avait énormément de choses à organiser et le Vinatier n'était pas la première urgence ". Soyons clairs, le docteur Dugoujon est un homme que je respecte beaucoup,  une personnalité absolument remarquable, héros de la Résistance, compagnon de Jean Moulin. Je ne le mets nullement en cause. Je pense qu'il reflète la mentalité d'une époque où les hommes politiques ni au niveau local ni au niveau national ne se sont posé la question du droit des aliénés à (sur)vivre. L'honneur du psychiatre, conclut-il, est de défendre ces personnes. On doit rappeler inlassablement aux pouvoirs publics que nos malades sont les plus faibles. Le degré de civilisation d'une nation se mesure à la façon dont on traite les plus démunis des siens.» 

Si vous passez un jour par Lausanne en Suisse, allez au Musée d'art brut. Vous y verrez quelques toiles du peintre fou Sylvain Fusco, l'un des 48 000 malades mentaux morts de faim, de mépris et d'indifférence en France entre 1940 et 1945. 

(1) Patrick Lemoine, Droits d'asiles, Editions Odile Jacob, 1998. 
(2) Max Lafont, L'extermination douce. La mort de 40 000 malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques en France, sous le régime de Vichy, Editions de l'AREFPPI, 1987. 
(3) Pierre Durand, Le train des fous, Editions Messidor, 1988. 
(4) Patriote Résistant, avril 1988.

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